Nucléaire: l'Etat condamné à payer une pension à un vétéran irradié en Algérie
NANCY (AFP) - La Cour régionale des pensions militaires de Nancy a condamné jeudi en appel l'Etat à payer une pension pour invalidité à André Geneix, ancien soldat irradié en 1962 lors d'un essai nucléaire souterrain dans le Sahara algérien.
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| L'explosion d'une bombe nucléaire dans le désert du Sarhara le 13 février 1960. (© AFP/Archives) |
Les "affections dermatologiques" et le "syndrome anxio-dépressif" dont souffre M. Geneix sont "imputables à une irradiation survenue le 1er mai 1962 alors que l'intéressé se trouvait en service", a statué la cour.
Le vétéran souffrant en outre d'une maladie du canal lombaire étroit et de lombalgies, son "taux d'invalidité" atteint 40%, ce qui lui "ouvre droit à une pension pour invalidité", selon l'arrêt rendu jeudi.
"C'est la quinzième ou la vingtième fois qu'une décision est favorable à un militaire ou à un civil" en poste durant les essais nucléaires français en Algérie (1960-66) ou en Polynésie (1966-96), s'est félicité le vice-président de l'Association des victimes des essais nucléaires (Aven), Michel Verger.
"Mais systématiquement, l'Etat fait appel, ou se pourvoit en cassation, où l'affaire n'est plus jugée sur son fond, mais sur sa forme. Ils veulent absolument qu'on ne gagne pas", a pesté M. Verger, qui a dénoncé le "manque de respect" d'un Etat "négationniste".
Seul un militaire, Michel Cariou, 69 ans, qui imputait son cancer de la thyroïde à sa participation à des essais nucléaires à Mururoa entre 1966 et 1972, a pour l'instant définitivement remporté sa bataille judiciaire, selon le vice-président de l'Aven, aux 3.200 adhérents.
L'arrêt rendu en mai 2007 à Rennes, qui lui accordait une pension, n'a pas été contesté, a-t-il remarqué. Six ou sept civils (personnel sous-traitant des bases, etc.) ont également conclu favorablement leurs procès.
André Geneix, jeudi, a mis un terme provisoire à huit ans de démarche, débutées en novembre 2000. En janvier 2005, le tribunal départemental des pensions de Meurthe-et-Moselle avait rejeté sa demande. Il avait fait appel.
Le 1er mai 1962, le sergent Geneix, opérateur radio au centre de tir nucléaire souterrain d'In-Ekker, assiste à "Béryl", tir "plus puissant que prévu", provocant "un mouvement de terrain" et une "fissuration de la montagne" avec "émission d'un nuage radioactif" qui a "contaminé la région", selon l'arrêt.
"Le bruit était épouvantable. La montagne a grondé. Un nuage blanc de poussière s'en est éloigné. Presque aussitôt, un autre nuage, noir, puissant, radioactif, est apparu. Je suis resté trois quarts d'heure dessous", en chemisette et en short, a raconté André Geneix à l'AFP.
Pour M. Geneix, des premiers tests diagnostiquent une irradiation de 180 mSV (millisievert, unité de mesure du rayonnement), soit "un niveau trois fois supérieur à la dose maximale tolérée sur un an pour la population", d'après la Cour.
Après trois semaines de repos, il reprend son activité militaire. Retourné à la vie civile, André Geneix, commercial, est atteint d'un cancer de la lèvre en 1998. Il déprime, a mal au dos, son pied est déformé...
"Je suis content. C'est une satisfaction morale", a sobrement réagi André Geneix, 72 ans, au prononcé de l'arrêt. "On avait remis en question mon statut d'irradié. Cela m'avait beaucoup touché".
Dix-sept essais ont été conduits dans le Sahara et 45 dans le Pacifique. Quelque 150.000 personnes ont participé au programme nucléaire, selon l'Aven, qui demande le déblocage d'un fonds d'indemnisation, un suivi médical pour les victimes, et la création d'une commission d'enquête "plurielle".